Accident lié au pistolet à compression

Cas cliniques

P. VASSEUR – J. KERN – C. FOURRE
Cabinet infirmier de la Rouguière – Allée de la Rouguière – Marseille (13)

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Plaie traumatique du 3ème doigt de la main gauche
par injection
de peinture avec un pistolet à compression

Histoire de la maladie

Monsieur M. âgé de 37 ans, chef d’entreprise dans le bâtiment est victime d’un accident de travail au mois d’octobre 1998 en vérifiant la bonne perméabilité de la buse de projection d’un pistolet à peinture.

La pression (200 bars) exercée à la sortie du pistolet va endommager la pulpe du majeur de la main gauche par injection de peinture additionnée de white spirit.

Devant une douleur croissante et un œdème important, il décide de consulter en urgence un spécialiste de la main qui lui confirme la gravité de son accident.

A l’examen clinique, il existe une diffusion du produit injecté jusqu’à la base du doigt.

Le patient est opéré en urgence et le chirurgien réalise une incision de décharge, un parage soigneux avec un rinçage important des gaines tendineuses.

Devant le risque important, le chirurgien ne réalise aucune suture cutanée. Les premiers pansements sont effectués en milieu hospitalier. La prise en charge à domicile s’effectue une semaine plus tard.

 Photo 1 - 27/10/98

Lors du premier pansement (photo 1 du 27/10/96), on peut constater des traces de peinture bleue et une odeur de solvant. A l’examen il apparaît une nécrose pulpaire et une association de zone de fibrine et de bourgeon sur le reste du doigt.

Protocole de soins

La réfection des pansements est quotidienne : un bain du doigt avec du Sérum Physiologique et de la Bétadine® Scrub 4 % et une détersion mécanique à lame de bistouri. L’application d’un hydrogel Purilon® (Coloplast) complété d’un pansement non adhérent Adaptic® (Johson & Johson) aidera à la détersion en maintenant un milieu humide. Un pansement secondaire, (compresses et bandage) maintien le tout en place. Il n’est pas réalisé d’immobilisation particulière de la main.

 Photo 2 - 29/10/98

 Photo 3 - 07/11/98

L’évolution est lente et difficile nous montre néanmoins une bonne détersion de la fibrine. La base du doigt présente un beau tissu de granulation. L’utilisation de l’hydrogel permet d’assouplir la nécrose pulpaire (photo 2 du 29/10/98 et photo 3 du 07/11/998).

 Photo 4 - 16/11/98

 Photo 5 - 16/11/98

Malgré des soins bien conduits il persiste une nécrose totale de la pulpe associée à une lésion importante de l’ongle et de tout la phalange distale qui semble non viable (photo 4 & 5 du 16/11/98).

 Photo 6 - 22/11/98

La persistance de la nécrose distale, malgré les nettoyages successifs, oblige le chirurgien à réaliser une amputation trans osseuse de la phalange moyenne associée à un lambeau cutané de glissement (photo 6 du 22/11/98).

La cicatrisation post opératoire évolue de façon tout à fait satisfaisante.

La réalisation des pansements se fait en gardant la protocole initial, lavage sérum physiologique, puis application de l’interface Adaptic (pansement non adhérent), des compresses sont appliquées en pansement secondaire avec bandage.

 Photo 7 - 14/01/99

Il apparaît un granulome pyogénique (photo 7 du 14/01/99) qui sera réduit par un crayon au nitrate d’argent et marque ainsi la fin des pansements.

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Une consultation à distance (photo 8 du 24/05/99) montre un doigt légèrement œdematié et raide nécessitant une prise en charge en rééducation.

Cette plaie traumatique est un accident grave, les injections sous pression sont évolutives dans le temps. Elles ont des conséquences fonctionnelles non négligeables chez les travailleurs manuels.

Les injections sous pression représentent " la plus urgente des urgences de la main ".

RÉFÉRENCES

Lambert F. Couturaud B. Arnaud E. Champeau F. Revol M. Servant JM. Extavasations iatogènes de solutés cytotoxiques ou hyperosmolaires : Intérêt du traitement chirurgical en urgence par aspiration et lavage. " Ann. Chir. Plast. Esth.", 1997 ; 42(4) :305-313.

Le Nen D. Comment évaluer la gravité d’une plaie de la main et conduite à tenir. " Le Quotidien du Médecin ", 1999 ; 6588 : 26-27.

Gault DT. Extravasions injuries. " Br J Plast. Surg.", 1993 ; 46 : 91-96.

Mouet F. Chaussard C. Guinard D. Corsella D. Infection de la main : injection à haute pression au niveau de la main. Mongraphie du GEM ", 1999 : 25.

Journal des Plaies et Cicatrisations N° 20 – Décembre 1999

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